Délivrance(s)
septembre 8th, 2011N’allez pas croire avec ce titre que AffreuxEx me fiche la paix, non non. Les délivrances, c’est quand il s’agit d’aller décoller le placenta qui n’a pas voulu le faire tout seul, chez une vache en l’occurence ce jour-là. Alors pour les non-initiés, sachez que la vache, c’est pas du tout comme nous. Nous on a une espèce de placenta en galette (mesdames, avez-vous bien regardé votre placenta lors de l’accouchement de vos enfants ? Naaan, on vous demande pas de le manger comme Tom Cruise dit qu’il l’a fait, juste regarder. Moi j’aime bien regarder les trucs comme ça, ce doit être une déformation professionnelle.) et cette galette est “fixée” à l’utérus par sa surface. Chez la vache, c’est comme si vous aviez des mini-galettes (genre crêpe-party, waaaaf !!), des dizaines de mini-galettes où se fixe le placenta. Des cotylédons. Plutôt que de galettes, j’aurais plutôt du parler de champignons parce que le cotylédon est une espèce de truc surélevé autour du chapeau duquel le placenta adhère.
Bref, quand le placenta reste accroché, il faut aller le retirer, le décoller patiemment, cotylédon par cotylédon.
Concrètement : il fait déjà assez chaud, vous enfilez une grande blouse en plastique verte qui vous couvre jusqu’à vos bottes (et vous vous tranformez donc en cocotte minute imperméable illico presto), sur vos bras, vous enfilez deux grands gants qui s’accrochent autour du cou, ensuite deux petits gants moulants en latex classiques par dessus les grands gants lâches, et ainsi bâchés vous enfilez une de vos bras dans le vagin dans la vache pour aller voir où en est ce fichu placenta. Lequel est déjà coincé en général depuis 48h, parce que plus tôt, ça a certes l’avantage de sentir moins mauvais mais ça a l’inconvénient d’être trop accroché. Bref, votre placenta, il est là depuis 48h, il sent pas la rose. Respirez, c’est Briiiiiiizzzzzzeeeeeee…. Immédiatement, à aller palper la vache dans son intime intimité, vous pouvez être sûr qu’elle commence par pisser sur vos bottes, puis à derverser sa bouse sur vos grands gants, ou mieux, vos cheveux si vous n’avez pas vu le truc venir. Remarquez, ça couvre assez bien l’odeur d’utérus en décomposition. Surtout, n’oubliez pas, d’un coup de botte agile, tout en ayant les bras dans l’intime intimité de la vache, de mettre un peu de paille sur le bouse fraichement tombée, parce que sinon, vous pouvez être sûr qu’à un moment ou à un autre, vous allez oublier que la bouse est là et vous allez glisser dessus.
Donc, votre multitude de petits bouts de placenta accrochésà leurs cotylédons, il faut aller la décoler en douceur. Un par un, les cotylédons. Vous avisez pas d’aller tirer dessus comme ça, paf. Arrachez un cotylédon, c’est pas comme la queue des lézards, il repoussera pas. Et aura une facheuse tendance à saigner. Donc, il faut, tout en tirant d’une main sur la delivrance qui pendouille légèrement, afin de maintenir une certaine tension, aller avec l’autre main décoller délicatement à l’aide de votre pousse le placenta, en trouvant l’endroit où le placenta commence à adhérer au cotylédon, et progresser doucement sur toute la surface du cotylédon. Et recommencer avec le cotylédon suivant. Et recommencer avec le cotylédon suivant. Et recommencer avec le cotylédon suivant. Et recommencer avec le cotylédon suivant.
Et après dans un grand splach, LA délivrance tombe sur vos bottes. Mais vous aurez vu le truc venir, vous aurez esquivé bien sûr. De toute façon, à ce degré-là, et surtout si le placenta avait une méchante tendance à vouloir resté accroché à ses cotylédons comme une mouche sur le ruban qui pend dans la cuisine de quelque ferme rustique, vous serez recouvert d’une blouse plastique non plus verte mais assez sanguinolente et rudement odorante, bizarrement votre pantalon dessous aura quand même les stigamates de votre travail, semé de petites tâches rosées, l’étanchéité blouse-gants ne sera plus assurée sans que vous ayez pu comprendre comment, sous la blouse vous aurez sué dix litres (mais au moins ce ne sera pas du jus de délivrance), et vous pouvez être sûr qu’en cherchant bien on pourra vous trouver sur le crâne quelque morceau d’utérus décrépi ou un fragment de bouse volante. Alors le placenta sur les bottes, pfffff, même pas mal !
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